Un consortium de médias indépendants a publié des échanges entre le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto et son homologue russe Sergueï Lavrov. Dans l’un d’eux, le Hongrois promet de fournir un document européen confidentiel.
Les révélations sont venues secouer la campagne électorale en Hongrie. Le gouvernement sortant du Premier ministre Viktor Orban est sous le feu des critiques, depuis que plusieurs médias ont fait état de conversations téléphoniques avec le pouvoir russe au sujet de l’Union européenne (UE). Les informations ont même poussé jeudi 9 avril la Commission européenne à réclamer dans les «plus brefs délais» des explications à Budapest. On vous résume l’affaire…
Un consortium de médias indépendants a publié des échanges entre le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto et son homologue russe Sergueï Lavrov. Les journalistes décrivent une «ligne directe» fournie à Moscou et citent un ancien ministre européen qui qualifie le ministre de «taupe enthousiaste» dans l’UE. Dans l’un des échanges, en date du 20 août 2024, le Hongrois promet de soutenir des démarches visant à retirer de la liste noire européenne la sœur du milliardaire russe Alicher Ousmanov, proche de Vladimir Poutine. «Je suis à votre service», déclare-t-il à son homologue russe.
D’autres exemples sont donnés dans cette enquête, comme une conversation en juin 2025 entre Peter Szijjarto et le vice-ministre russe de l’Energie Pavel Sorokin. Le premier affirme au second qu’il s’emploie à faire rejeter un paquet de sanctions visant la flotte fantôme de pétroliers russes. Les sanctions finiront par être adoptées.
Le jour même, Peter Szijjarto assume œuvrer en faveur des intérêts russes au sein de l’UE. «On savait déjà que les services de renseignement étrangers interceptaient mes conversations téléphoniques», déclare-t-il sur Facebook. Mais aujourd’hui, «les grandes oreilles ont pu constater que je disais la même chose en privé et en public», ajoute-t-il. Il en profite pour dénoncer «un très grand scandale» et fustige «une ingérence» étrangère.
Au sein de l’UE, les réactions restent pour l’instant mesurées. Les dirigeants se tiennent éloignés de la politique intérieure hongroise, par peur que leurs commentaires soient instrumentalisés par le camp Orban. Tout juste Anitta Hipper, une porte-parole de la Commission européenne, considère-t-elle que la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, «s’est entretenue» avec le ministre hongrois, «réitérant l’importance de la confidentialité des discussions à huis clos».
Le ton se durcit une semaine plus tard. Dans un second volet de son enquête, le consortium publie une conversation téléphonique de juillet 2024 au cours de laquelle Peter Szijjarto assure à Sergueï Lavrov qu’il va «immédiatement» lui transmettre un document concernant les négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE, sans que l’on ne sache vraiment à quel document le ministre fait alors référence. Un haut responsable des services de renseignement occidentaux, cité par les journalistes, estime qu’il «est possible que Lavrov ait simplement cherché à tester les limites de la loyauté de Szijjarto envers la Russie».
Ces informations de presse sont «extrêmement préoccupantes», dénonce mercredi la porte-parole de la Commission européenne Paula Pinho, qui demande à Budapest «de s’expliquer dans les plus brefs délais». Le lendemain, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, fustige sur France Inter une «trahison» de la Hongrie envers «l’exigence de solidarité qui s’impose entre les pays de l’Union européenne». A Bruxelles, plusieurs députés européens demandent à la Commission d’enquêter sur d’éventuelles manipulations russes, lors des élections hongroises, rapporte le Guardian. Le groupe d’élus souhaite une évolution «avant et immédiatement après» le scrutin. Pour l’instant, l’exécutif européen n’a pas donné suite.
Avant d’agir, les Vingt-Six préfèrent attendre le résultat des élections législatives. Une victoire de Viktor Orban, qui rempilerait pour un cinquième mandat, pourrait relancer des débats, après des années de blocages dus à la Hongrie. Certains diplomates évoquent le recours à l’article 7 du traité de l’UE, qui prévoit une suspension des droits de vote au sein de l’Union en cas d’atteinte à l’Etat de droit. Cette procédure a certes déjà été ouverte contre Budapest mais jamais finalisée, tant elle est inédite. L’exclusion de la Hongrie, non prévue par les traités, n’est pas encore sur la table.














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