En décembre 1992, les tribunes du stade de la Meinau étaient bondées d’agriculteurs en colère dans le cadre des manifestations contre les réformes de la PAC, et de la GATT, ancêtre de l’OMC. 34 ans plus tard, alors que l’agriculture européenne se mobilise de nouveau à Strasbourg, les acteurs de l’époque se souviennent.
Une marée humaine. Des rues noires de manifestants transfigurés par leur cause commune. Et surtout, cette image, historique à Strasbourg : le stade de la Meinau plein à craquer, pas par les supporters du Racing, mais par des agriculteurs venus de France, d’Europe, et même d’Asie. «On savait que la mobilisation serait immense, alors on avait discuté avec la Ville et on était tombé d’accord sur le seul endroit qui pouvait accueillir des dizaines de milliers de manifestants en sécurité : le stade de football«, retrace, 34 ans plus tard, Jean-Marie Sander, président de la chambre régionale d’agriculture à l’époque.
Le 3 décembre 1992, Strasbourg était traversé par une onde de colère. Les agriculteurs européens s’étaient donné rendez-vous dans la capitale alsacienne pour protester contre les dernières réformes de la PAC et les ultimes retouches à ce qui deviendra, quelques mois plus tard, l’Organisation mondiale du commerce (OMC). «C’est la profession qui se mobilise déjà contre la libéralisation des marchés, entamée dans les années 80, et qui défend les mécanismes d’assistance qui lui permettent de survivre«, contextualise Edouard Lynch, professeur l’Université de Lyon et auteur d’un livre sur l’histoire des insurrections paysannes.
Une grande partie des manifestants se sont dirigés vers le stade de la Meinau après avoir traversé Strasbourg sur 6 kilomètres
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© France Télévisions
Alors que des milliers d’agriculteurs se réunissent à Strasbourg ce mardi 20 janvier et mercredi 21 janvier, le parallèle est tentant. L’accord entre l’UE et le Mercosur suscite les mêmes inquiétudes chez les agriculteurs, à 34 ans d’intervalle : une protection moindre face aux lois du marché, un détricotage des acquis de l’agriculture européenne, et plus globalement, une peur existentielle sur l’avenir du métier. «C’est la même chose, et en même temps c’est bien pire, car je trouve qu’il est encore plus question de survie aujourd’hui qu’hier, estime Eugène Schaeffer, responsable syndical à la FDSEA en 1992. Mais, je suis certain que la mobilisation rentrera dans l’histoire, comme celle de 1992.«
Et pourtant. Les chiffres de 2026 font pâle figure par rapport à ceux de 1992. 5 000 manifestants attendus sur les deux jours de mobilisation, contre 50 000 (voire 80 000 selon les organisateurs) en 1992. «C’est logique : cela correspond à la baisse drastique de la démographie chez les agriculteurs, analyse Edouard Lynch.
For several years, organizers of agricultural events have been counting more on tractors than on people, as it is no longer possible to reach that kind of number.
Jean-Marie Sander nostalgically remembers the day when he spoke first, in the middle of the lawn of the Meinau stadium, in front of tens of thousands of protesters. «At the time, we were all united in Europe. All countries were on the same wavelength«
For him, it is not a lack of determination among farmers today. The anger is there, the desire to be heard as well. It is not just a question of declining demographics. «Back then, we were all united in Europe. All countries were on the same page. We were all determined to protect our model. Today, it’s different. Each country defends its own interests«
However, today’s protesters still claim to be part of an «agricultural Europe» and emphasize their desire to speak with one voice. This Tuesday, our journalists met Poles, Italians, and Hungarians. «I am certain that these demonstrations will go down in the history of farming, like the one in 1992«, believes Eugène Schaeffer.
According to all those interviewed, the mobilization in 1992 had indeed influenced the negotiations. There is no guarantee that the one in 2026 will be as effective. Unable to fill a stadium, farmers have decided to innovate by organizing a 48-hour demonstration. As a sign of their determination, some may even sleep on site, in their tractors. They will know on Wednesday at noon if the Members of the European Parliament have indeed voted for the referral to the CJEU as they requested.
A human tide. Streets blackened by protesters transformed by their common cause.
Et surtout, cette image reste gravée dans l’histoire de Strasbourg : le stade de la Meinau rempli à ras bord, non pas par les supporters du Racing, mais par des agriculteurs venus de France, d’Europe et même d’Asie. «On savait que la mobilisation serait immense, alors on avait discuté avec la Ville et on était tombé d’accord sur le seul endroit qui pouvait accueillir des dizaines de milliers de manifestants en sécurité : le stade de football», se souvient Jean-Marie Sander, président de la chambre régionale d’agriculture à l’époque, 34 ans plus tard.
Le 3 décembre 1992, une vague de colère traversait Strasbourg. Les agriculteurs européens s’étaient donné rendez-vous dans la capitale alsacienne pour protester contre les réformes de la PAC et les ajustements à venir à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). «C’est la profession qui se mobilise déjà contre la libéralisation des marchés, entamée dans les années 80, et qui défend les mécanismes d’assistance qui lui permettent de survivre», explique Edouard Lynch, professeur à l’Université de Lyon et auteur d’un livre sur l’histoire des insurrections paysannes.
Alors que des milliers d’agriculteurs se rassemblent à Strasbourg les 20 et 21 janvier, le parallèle avec 1992 est frappant. Les inquiétudes suscitées par l’accord entre l’UE et le Mercosur sont les mêmes, 34 ans plus tard : une protection moindre face aux lois du marché, un affaiblissement des acquis de l’agriculture européenne et une angoisse existentielle quant à l’avenir du métier. «C’est la même chose, et en même temps c’est bien pire, car je trouve qu’il est encore plus question de survie aujourd’hui qu’hier», estime Eugène Schaeffer, responsable syndical à la FDSEA en 1992. «Mais je suis certain que la mobilisation marquera l’histoire, comme celle de 1992.»
Pourtant, les chiffres de 2026 sont bien inférieurs à ceux de 1992. Seulement 5 000 manifestants attendus sur les deux jours de mobilisation, contre 50 000 (voire 80 000 selon les organisateurs) en 1992. «Cela correspond à la baisse drastique de la démographie chez les agriculteurs. Il n’est plus possible d’atteindre de tels chiffres», analyse Edouard Lynch. Jean-Marie Sander se remémore avec nostalgie le jour où il a pris la parole devant des milliers de manifestants au stade de la Meinau. «Je savais déjà à l’époque que c’était un moment unique. Vous ne pouvez pas imaginer ce que c’est de parler à une foule où vous ne reconnaissez aucun visage, car ils sont si loin. Mais on sent que tout le monde écoute, pas seulement les premières rangées.»
Pour lui, ce n’est pas le manque de détermination qui caractérise les agriculteurs d’aujourd’hui. La colère est présente, la volonté de se faire entendre aussi. Ce n’est pas seulement une question de démographie en déclin. «À l’époque, nous étions unis en Europe. Tous les pays étaient solidaires. Aujourd’hui, c’est différent. Chaque nation défend ses propres intérêts. En décembre 1992, les tribunes du stade de la Meinau étaient bondées d’agriculteurs en colère dans le cadre des manifestations contre les réformes de la PAC, et de la GATT, ancêtre de l’OMC. 34 ans plus tard, alors que l’agriculture européenne se mobilise de nouveau à Strasbourg, les acteurs de l’époque se souviennent.
Une marée humaine. Des rues noires de manifestants transfigurés par leur cause commune. Et surtout, cette image, historique à Strasbourg : le stade de la Meinau plein à craquer, pas par les supporters du Racing, mais par des agriculteurs venus de France, d’Europe, et même d’Asie. «On savait que la mobilisation serait immense, alors on avait discuté avec la Ville et on était tombé d’accord sur le seul endroit qui pouvait accueillir des dizaines de milliers de manifestants en sécurité : le stade de football», retrace, 34 ans plus tard, Jean-Marie Sander, président de la chambre régionale d’agriculture à l’époque.
Le 3 décembre 1992, Strasbourg était traversé par une onde de colère. Les agriculteurs européens s’étaient donné rendez-vous dans la capitale alsacienne pour protester contre les dernières réformes de la PAC et les ultimes retouches à ce qui deviendra, quelques mois plus tard, l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Pourtant, les manifestants aujourd’hui se réclament encore d’une «Europe agricole» et martèlent leur volonté de parler d’une seule voix. Ce mardi, nos journalistes ont croisé des Polonais, des Italiens, des Hongrois. «Je suis certain que ces manifestations rentreront dans l’histoire de la paysannerie, comme celle de 1992», veut croire Eugène Schaeffer.
De l’avis de tous les acteurs interrogés, la mobilisation de 1992 avait bel et bien pesé sur les négociations. Rien ne dit que celle de 2026 sera aussi efficace. À défaut de remplir un stade, les agriculteurs ont d’ailleurs décidé d’innover en organisant une manifestation sur 48 heures. Preuve de leur détermination, certains devraient même dormir sur place, dans leur tracteur. Ils sauront le mercredi à la mi-journée si les eurodéputés ont bien voté la saisine de la CJUE comme ils le demandent.
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