Les universités françaises traversent une période compliquée : face à l’explosion des charges et la hausse des effectifs, elles ont presque toutes voté de premiers budgets 2026 en déficit. Une première à l’université Marie et Louis Pasteur de Besançon (Doubs). Les présidents d’universités appellent l’Etat à financer l’enseignement supérieur «à la hauteur de ses besoins».
Ils tirent la sonnette d’alarme. Il y a quelques jours, plus de 60 présidents d’universités françaises (soit la quasi-totalité d’entre eux) paraphaient une tribune commune dans le journal La Tribune Dimanche. Son titre est évocateur : «Soutenir l’Université, c’est avoir l’ambition de l’avenir«.
Un véritable cri du cœur, fruit d’une observation : la part laissée à l’Enseignement supérieur dans le budget 2026 français, adopté après l’utilisation du 49-3 le 26 janvier 2026, n’est pas à la hauteur des enjeux. «L’Enseignement supérieur et la Recherche publics de notre pays sont en grand danger«, peut-on lire dans cette tribune. «Fragilisés par le rouleau-compresseur des désordres de l’information, par les algorithmes nourris de buzz et de violence et par la disqualification croissante de la science, ils risquent ne plus être en mesure de jouer leur rôle indispensable de construction et de transmission du savoir et des valeurs démocratiques.«
Même si le projet de loi de finances (PLF) 2026 prévoit une augmentation du budget de 230 millions d’euros pour la mission interministérielle recherche et enseignement supérieur (Mires), cela ne devrait pas suffire à compenser la hausse des charges, principale cause de ses difficultés budgétaires. Conséquence de cet état inquiétant : cette année, toutes les universités françaises ont voté des budgets initiaux en déficit.
C’est le cas à Besançon, où l’université Marie et Louis Pasteur, pour la première fois de son histoire, sera déficitaire en 2026. «Nous sommes une université qui jusqu’à présent a toujours su maintenir un budget à l’équilibre«, constatait son président, Hugues Daussy, sur le plateau de France 3 Franche-Comté le 30 janvier 2025. Cette année, «nous avons dû voter un budget déficitaire, à hauteur de 4 millions d’euros» précise-t-il.
Depuis 2022 nous avons subi une augmentation de charges non compensées, autour de 5 millions d’euros. Notre surcharge en charges non compensées oscillera en 2026 entre 3,3 et 1,7 millions d’euros.
Hugues Daussy,président de l’université Marie et Louis Pasteur
Hugues Daussy, président de l’université Marie et Louis Pasteur de Besançon.
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© France Télévisions
Selon Hugues Daussy, les universités «ont toujours été sous-dotées par rapport à leurs besoins«. La situation s’est néanmoins aggravée avec la crise énergétique de 2022, qui a fait exploser les charges «de manière inédite». Mais d’autres critères rentrent en jeu. «La faute également, peut-être, à un nombre d’étudiants qui est plus important. Oui, on parle de crise démographique qui conduirait à la baisse d’effectifs à l’université mais pour l’instant, on ne la ressent pas du tout, ce n’est pas le cas.«
Dans notre université depuis 2010 les effectifs étudiants ont augmenté d’environ 25 %. Et malheureusement dans le même temps les crédits de l’État n’ont pas augmenté dans la même proportion.
président de l’université Marie et Louis Pasteur
Face à cette situation préoccupante, les présidents d’universités demandent à l’État de revoir sa politique de financement de l’enseignement supérieur. «Il est impératif que l’État prenne conscience de l’importance cruciale de l’enseignement supérieur et de la recherche pour l’avenir de notre pays«, affirment-ils dans leur tribune. «Il est temps que nos universités soient financées à la hauteur de leurs besoins, afin qu’elles puissent continuer à jouer leur rôle essentiel dans la formation des jeunes et la production de connaissances«.
La question du financement de l’enseignement supérieur est donc cruciale pour l’avenir de la jeunesse, de la société et de l’économie française. Les présidents d’universités alertent sur les conséquences désastreuses d’un sous-financement chronique de l’Enseignement supérieur, qui pourrait placer la France en situation de faiblesse sur la scène internationale, tant sur le plan scientifique que géopolitique.
Il est donc urgent que l’État prenne des mesures concrètes pour soutenir financièrement les universités françaises et garantir ainsi la qualité et la pérennité de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans notre pays.
Hugues Daussy, président de l’université Marie et Louis Pasteur de Besançon.
Hugues Daussy, président de l’université Marie et Louis Pasteur de Besançon.
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© France Télévisions
Selon Hugues Daussy, les universités «ont toujours été sous-dotées par rapport à leurs besoins«. La situation s’est néanmoins aggravée avec la crise énergétique de 2022, qui a fait exploser les charges «de manière inédite». Mais d’autres critères rentrent en jeu. «La faute également, peut-être, à un nombre d’étudiants qui est plus important. Oui, on parle de crise démographique qui conduirait à la baisse d’effectifs à l’université mais pour l’instant, on ne la ressent pas du tout, ce n’est pas le cas.«
Dans notre université depuis 2010 les effectifs étudiants ont augmenté d’environ 25 %. Et malheureusement dans le même temps les crédits de l’État n’ont pas augmenté dans la même proportion.
Hugues Daussy,président de l’université Marie et Louis Pasteur
Un constat local qui se confirme sur la scène nationale. Dans la Tribune Dimanche, les présidents d’université expliquent qu’en 2024, «nos établissements ont accueilli 26 500 étudiantes et étudiants supplémentaire par rapport à l’année précédente«.
À l’université Marie et Louis Pasteur, les campagnes de recrutement d’enseignants-chercheurs ont pu être maintenues, ainsi que les opérations immobilières, la rénovation et la construction des bâtiments. Mais jusqu’à quand ? «Si nous continuons comme ça, forcément nous ne pourrons pas tenir le rythme«, avoue Hugues Daussy. «Et nous serons peut-être obligés […] à être un peu plus restrictif dans la publication des emplois.«
C’est très regrettable parce que l’université, c’est la clé de l’avenir de la jeunesse, la clé de l’avenir du pays. Et il est bien regrettable que l’État ne ne prenne pas la mesure de la nécessité urgente de bien la financer.
Hugues Daussy,président de l’université Marie et Louis Pasteur
Un sentiment explicité par la tribune universitaire de La Tribune Dimanche : «Il faut le dire de manière claire : sans universités fortes, notre société déclinera, notre jeunesse n’aura plus de perspective et notre économie dysfonctionnera. La concurrence internationale, déjà impitoyable, fera de notre pays une quantité négligeable sur le plan scientifique, et donc géopolitique et stratégique«, peut-on y lire.
L’enseignement supérieur serait-il donc une «variable d’ajustement» au niveau du budget de l’Etat ? «Je ne sais pas si nous sommes LA variable d’ajustement, je pense qu’il en y a beaucoup. Mais nous en faisons partie«, fait remarquer Hugues Daussy, amer.
«À l’heure où la Chine, l’Allemagne, la Corée du Sud et bien d’autres, dans l’hémisphère Nord comme dans l’hémisphère Sud, investissent massivement dans leur Enseignement supérieur et leur Recherche pour les intégrer à une véritable stratégie nationale et transnationale, la France doit faire le choix de financer ses universités à la hauteur de leurs besoins» concluent les 60 présidents d’universités françaises dans leur tribune, en faisant part d’une inquiétude nationale, aux conséquences internationales.
















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