Vincent Lecomte, artiste et docteur en esthétique et en sciences de l’art, explore avec Nicolas Sallé l’évolution des représentations du cerf dans le monde de l’art. Depuis l’aube de l’humanité, cet animal fascine par sa symbolique et sa présence dans les œuvres artistiques. Nicolas Sallé souligne que le cerf est représenté dans l’art depuis des millénaires, comme en témoigne la grotte Chauvet datant de -36 000 ans avant JC. Les interprétations de ces représentations varient, allant de rites chamaniques à des récits de chasse, en passant par des ex-voto ou des éléments de mythologies naissantes. Le cerf est présent sur tous les continents, à l’exception de l’Afrique subsaharienne et de l’Océanie, sous différentes formes de cervidés majestueux. Les multiples interprétations du cerf en font bien plus qu’un simple gibier d’excellence, il incarne des significations profondes qui continuent de fasciner les artistes et les spectateurs à travers les âges. Quelle est la fascination de l’humanité pour le brame du cerf depuis ses débuts ? Selon André Leroi-Gourhand, cet animal semble appartenir à un langage visuel particulier qui se déploie sur les parois rocheuses, occupant une place spéciale dans ce bestiaire. Le cerf est souvent associé à des oppositions telles que masculin/féminin, fertilité/force, et est directement lié à la conception sexuelle. On retrouve fréquemment la notion de cycle vie/mort, le lien avec la fertilité, et la nécessité de la mort pour assurer la survie. Il est également connecté à un monde spirituel, bien que ces idées restent des hypothèses. La représentation du cerf varie en fonction du contexte, qu’il soit religieux, naturaliste ou politique. Dans l’Antiquité, il est associé à la chasse et au divertissement, tandis que dans l’ère chrétienne, il devient un symbole religieux et politique. On le retrouve dans des rites initiatiques, symbolisant la lutte contre le mal et la quête de Dieu. Dans la Bible, le cerf est comparé à une soif de Dieu, démontrant une ferveur religieuse profonde. Le cerf est également l’incarnation du Christ et apparaît dans de nombreuses œuvres artistiques, telles que des vitraux, des enluminures et des sculptures. Saint Hubert, chasseur converti à la foi chrétienne, est souvent représenté en compagnie d’un cerf portant une croix lumineuse entre ses bois, devenant ainsi le saint patron des chasseurs. Les moments de chasse, en particulier l’hallali, où le cerf est traqué et tué, sont souvent représentés dans l’art, symbolisant l’apogée de la quête de l’animal. Pourquoi le cerf fascine-t-il depuis l’aube de l’humanité ? On retrouve des représentations de cet animal lors du brame dans des vitraux ou enluminures, et plus récemment, dans un magnifique tableau de Gustave Courbet mettant en scène un cerf attaqué par des chiens et observé par des chasseurs, représentant l’hallali du cerf. Parmi les grands mythes mettant en scène le cerf, il y a l’histoire d’Actéon. Selon la mythologie grecque, Actéon, chasseur réputé pour son amour de la nature, surprend la déesse Artémis dans un bain et est transformé en cerf avant d’être dévoré par ses propres chiens. Cette histoire a inspiré de nombreuses représentations artistiques et ouvre un champ symbolique et psychologique riche en significations, telles que la punition divine, la transgression de l’interdit, la fragilité morale de l’homme, la métamorphose, le rite de passage de l’humain à l’animal sauvage, et le respect de la divinité et de la nature. Les interprétations psychanalytiques soulignent le franchissement de l’interdit par le regard, tandis que la punition infligée à Actéon peut être vue comme une vengeance du vivant contre l’humain abusant des ressources naturelles. Actéon, une fois transformé en cerf, vit dans la peur constante et devient la proie qu’il chassait autrefois, illustrant ainsi la leçon de respect envers la divinité et la nature. Quelle est la fascination pour le cerf depuis l’aube de l’humanité ? Cette question soulève un intérêt profond pour la conscience animale et ses mystères. Depuis des siècles, le cerf continue d’inspirer les artistes du monde entier. Des expositions telles que «Cerf cerf !» à Bastogne en Belgique en 2022 mettent en lumière les différentes interprétations de cette majestueuse créature. Des artistes tels que Kohei Nawa et Gloria Friedman explorent les multiples facettes du cerf, symbolisant la pureté, la force de la nature et même le conflit entre la société et l’écologie. Les œuvres telles que «Pix-Cell Deere» et «Envoyé spécial» présentent des visions uniques de cet animal emblématique, mêlant esthétique et symbolisme. La représentation du cerf évolue avec notre éloignement croissant de la nature, accentuant son caractère symbolique et esthétique. Malgré cela, notre connaissance accrue du comportement animal grâce à la science et aux documentaires enrichit notre perception de cet animal emblématique. Le cerf, avec sa puissance et son allure majestueuse, reste une source d’inspiration inépuisable pour les artistes du monde entier. Sa nature mi-animale, mi-végétale fascine et interroge notre propre relation avec le règne animal.

Vincent Lecomte is an artist and a doctor in aesthetics and art sciences. In this new issue of «Regards sur…

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L’École des Cuistots Migrateurs, de l’exil aux cuisines, est une initiative solidaire et inclusive qui vise à insérer les réfugiés dans la société. Depuis cinq ans, cette école parisienne offre des formations diplômantes gratuites dans les métiers de base de la cuisine, tels que commis ou serveur, à des personnes en situation de précarité. Les élèves viennent des quatre coins du monde, de pays tels que la Somalie, la Guinée, l’Afghanistan ou le Mali. Au sein de l’école, les nouveaux élèves suivent des cours de français langue étrangère et apprennent le vocabulaire lié aux produits alimentaires qu’ils découvrent sur les marchés parisiens. Ils s’entraident pour progresser et se préparent à intégrer le monde du travail en alternance pendant un an. Cette expérience culinaire est une véritable renaissance pour ces jeunes réfugiés, qui ont surmonté de nombreux obstacles pour en arriver là. Grâce à l’École des Cuistots Migrateurs, ils trouvent une nouvelle perspective et un nouveau départ dans leur vie professionnelle. Les Cuistots Migrateurs, de l’exil aux cuisines, une école pour insérer les réfugiés, mais tous sont motivés pour relever le défi. Zaibihullah, lui, a été recruté par une célèbre brasserie parisienne. Le chef cuisinier de l’établissement, Bruno Guéret, avec ses 18 ans d’expérience aux cuisines du Fouquet’s, ne tarit pas d’éloges sur son commis de cuisine. Sa ponctualité, son écoute, son respect, et surtout sa motivation font toute la différence. Cette même dynamique se retrouve chez un traiteur parisien qui emploie plusieurs CDI issus de l’École de la ville de Montreuil.

Depuis cinq ans, l’École des Cuistots Migrateurs située à Paris propose à des réfugiés des formations diplômantes gratuites dans les…

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