«Le brame du cerf» est un programme inédit en France : plus de 500 heures de retransmission en direct de la forêt de Rambouillet pour suivre la vie sauvage. L’occasion de se pencher sur la place de cet animal et des autres dans l’art à travers l’interview de l’artiste et docteur en esthétique Vincent Lecomte.
Dans le cas du programme de Slow TV qui se déroule en ce moment sur le brame du cerf diffusé 24h/24h, ne sommes nous pas proche du happening ?
Le happening est une forme très particulière qui est apparue dans les années 50-60, même si, chez les futuristes, au début du XXe siècle, il y avait déjà des formes de happening qui étaient pratiquées. Le happening est une action artistique éphémère, avec ou sans public, enregistrée ou non mais qui a une intention claire et ciblée. Avec «Le brame du cerf», on peut être partagé : on peut considérer que le cerf fait du happening puisqu’il a bien une intention très particulière qui est destinée à la fois aux biche et aux cerfs concurrents, donc il y a vraiment un déploiement, une démonstration de force, une intention qui en plus pourrait presque s’associer à un aspect esthétique sonore.
Et là je pense tout de suite au zoologiste et philosophe suisse Adolf Portmann du début du XXe siècle et qui voyait dans les manifestations animales une part et une volonté esthétiques. Je trouve cette pensée vraiment très intéressante, sans forcément aller jusqu’à la notion d’animal artiste, ce serait autre chose. Et d’autre part, ce programme continu sans montage est un parti pris esthétique qui pourrait presque être warholien. Recréer un environnement naturel proposé à domicile, cela répond peut-être à un un besoin pour un public et propose donc de rentrer dans une temporalité et une spatialité animales.
Vincent Lecomte dans «Regards sur le brame»
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© Eden. / France TV
Ça me fait penser à une œuvre de Greta Alfaro de 2009 qui s’appelait In Ictu Oculi dans laquelle elle avait installé une table avec un festin qu’elle filmait en plan large. Et petit à petit, on voit des ombres passer. Petit à petit, on voit un un vautour prendre appui sur une chaise et au fur et à mesure, les vautours viennent dévorer le festin et viennent reprendre possession par l’alimentation de l’espace humain.
Le discours est complètement différent mais il y a cette notion de rentrer dans la temporalité animale que je trouve très intéressante.
Vous êtes également compositeur musical, est-ce que le brame du cerf peut vous inspirer dans certaines compositions ?
Il pourrait le faire, je ne l’ai pour l’instant pas utilisé. Je suis, de manière plus traditionnelle, allé vers des sons animaux qu’on pourrait dire chant, cri, voix.
J’apprécie la notion de voix car pour moi, c’est un langage qui m’inspire. En ce qui concerne la nature, les animaux, la faune et la flore, ils me perturbent un peu. Je ne crois pas que la nature s’arrête aux portes de la ville ou de la maison. J’aime créer des paysages sonores où se mêlent des éléments humains et non-humains, formant un tout naturel. J’aime jouer sur la fusion et la confusion. Par exemple, j’ai transformé des sons d’insectes en sons d’oiseaux pour créer une exposition perturbante autour des oiseaux. J’ai également joué sur les bruits machiniques et les chants de baleines pour créer une pièce critique intitulée «Baleine Usine».
Les auditeurs se font souvent prendre au jeu, sauf les experts. L’idée de doute est pour moi très intéressante et stimulante. De nombreux artistes contemporains explorent le thème de l’animal, souvent pour critiquer les comportements humains. Par exemple, William Wegman utilise ses chiens pour parodier les représentations humaines. Il y a aussi des artistes comme Oleg Kulik, Greta Alfaro et Pierre Huygue qui cherchent à perturber les spectateurs en s’inspirant de l’animal.
L’art aborigène et les performances politiques comme celle de Guillermo Vargas utilisent également l’animal comme symbole allégorique pour véhiculer des messages importants. Un chien représentait le paria des rues de Managua pour cet artiste, abandonné à son triste sort dans une galerie.
Le chien est un animal qui revient souvent dans l’art en raison de sa proximité unique avec l’Homme. Il peut être un membre de la famille ou un paria, reflétant ainsi une ambiguïté fascinante. D’autres animaux comme le cheval ou ceux chassés pourraient également être présents dans l’art pour diverses raisons. Le direct du «Brame du cerf» est disponible sur france.tv/idf jusqu’au 29 septembre.
Dans le cadre du programme de Slow TV sur le brame du cerf, diffusé en continu, on pourrait se rapprocher du concept de happening, une forme artistique éphémère avec une intention claire et ciblée. En considérant «Le brame du cerf», on peut être partagé : certains pourraient voir le cerf comme faisant du happening, avec une intention claire adressée aux biches et aux cerfs rivaux, démontrant ainsi sa force et son esthétisme sonore. Cette idée peut rappeler les théories d’Adolf Portmann, zoologiste et philosophe suisse du début du XXe siècle, qui voyait dans les manifestations animales une dimension esthétique et volontaire. Cette approche sans montage pourrait presque être comparée à l’esthétique warholienne, recréant un environnement naturel pour le public et le plongeant dans une temporalité et spatialité animales.
Cela évoque également l’œuvre de Greta Alfaro, «In Ictu Oculi», où des vautours envahissent un festin humain, soulignant la transition entre l’espace humain et animal. Cette idée de temporalité animale est fascinante et peut inspirer des compositions musicales.
Concernant la nature et les animaux, l’artiste aime jouer sur la confusion entre éléments humains et non-humains pour créer des paysages sonores complexes. Cette approche se retrouve dans ses compositions, où la frontière entre les sons d’oiseaux et d’insectes est floue, suscitant le doute chez l’auditeur. Des artistes contemporains, tels que William Wegman, utilisent souvent des animaux dans leur travail pour critiquer les comportements humains, illustrant ainsi la relation complexe entre l’homme et l’animal. And by the way, that’s the cover I chose for my book.
There are, however, artists who are very disturbing in the opposite way, trying to reach out to humans and awaken them. I think of Oleg Kulik who animalizes himself, letting himself be taken over by the animal, living as a dog. In the 90s, he lived as a dog through performances where he behaved like a dog and even barked at passersby.
There’s Greta Alfaro, as I mentioned earlier, who reaches humans through animals using the concept of nutrition. Pierre Huygue comes to mind with an extraordinary film called «Human Mask» where a monkey dressed as a little girl with a white mask reminiscent of a Japanese tradition walks the streets of Fukushima, creating a huge disturbance as viewers struggle to reconcile the monkey’s presence with the very human face projected by the mask.
There’s the allegorical animal symbol, still present today in Aboriginal art which is ever alive. The animal in their concept of Dreamtime is highly symbolic and metaphorical.
There’s a political aspect as well, with performances like Guillermo Vargas’ controversial piece that sparked debate on social media. A dog was left to its fate in a gallery, representing the outcast, the forgotten street dog of Managua for this artist.
Is there an animal that stands out more than others?
The dog, in fact. It’s an animal that has a very special closeness to humans. There’s the notion of co-evolution as dogs and humans have somewhat built their world together. There’s ambiguity because a dog can be a family member, sometimes even more important than others, or a street dog, embodying perfect ambiguity.
Other animals are also prominently featured for various reasons, whether it’s their connection to humans like horses, animals hunted for their fascination, or animals that serve as reservoirs of forms like birds or fish that allow for unique artistic expressions.
You can catch the live broadcast of the «Brame du cerf» on france.tv/idf until September 29th.
«Le brame du cerf» est un programme inédit en France : plus de 500 heures de retransmission en direct de la forêt de Rambouillet pour suivre la vie sauvage. L’occasion de se pencher sur la place de cet animal et des autres dans l’art à travers l’interview de l’artiste et docteur en esthétique Vincent Lecomte.
Dans le cas du programme de Slow TV qui se déroule en ce moment sur le brame du cerf diffusé 24h/24h, ne sommes nous pas proche du happening ?
Le happening est une forme très particulière qui est apparue dans les années 50-60, même si, chez les futuristes, au début du XXe siècle, il y avait déjà des formes de happening qui étaient pratiquées. Le happening est une action artistique éphémère, avec ou sans public, enregistrée ou non mais qui a une intention claire et ciblée. Avec «Le brame du cerf», on peut être partagé : on peut considérer que le cerf fait du happening puisqu’il a bien une intention très particulière qui est destinée à la fois aux biche et aux cerfs concurrents, donc il y a vraiment un déploiement, une démonstration de force, une intention qui en plus pourrait presque s’associer à un aspect esthétique sonore.
Et là je pense tout de suite au zoologiste et philosophe suisse Adolf Portmann du début du XXe siècle et qui voyait dans les manifestations animales une part et une volonté esthétiques. Je trouve cette pensée vraiment très intéressante, sans forcément aller jusqu’à la notion d’animal artiste, ce serait autre chose. Et d’autre part, ce programme continu sans montage est un parti pris esthétique qui pourrait presque être warholien. Recréer un environnement naturel proposé à domicile, cela répond peut-être à un un besoin pour un public et propose donc de rentrer dans une temporalité et une spatialité animales.
Vincent Lecomte dans «Regards sur le brame»
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© Eden. / France TV
Ça me fait penser à une œuvre de Greta Alfaro de 2009 qui s’appelait In Ictu Oculi dans laquelle elle avait installé une table avec un festin qu’elle filmait en plan large. Et petit à petit, on voit des ombres passer. Petit à petit, on voit un un vautour prendre appui sur une chaise et au fur et à mesure, les vautours viennent dévorer le festin et viennent reprendre possession par l’alimentation de l’espace humain.
Le discours est complètement différent mais il y a cette notion de rentrer dans la temporalité animale que je trouve très intéressante.
Vous êtes également compositeur musical, est-ce que le brame du cerf peut vous inspirer dans certaines compositions ?
Il pourrait le faire, je ne l’ai pour l’instant pas utilisé. Je me suis dirigé, de manière plus traditionnelle, vers des sons d’animaux que l’on pourrait qualifier de chants, cris ou voix. J’apprécie particulièrement la notion de voix car, en réalité, c’est un langage.
La nature, les animaux, peut-être la faune et la flore, m’inspirent-ils ? La notion de nature me dérange un peu. Je ne crois pas que la nature s’arrête à la porte de la ville ou de la maison. J’aime créer des paysages sonores où se mêlent des éléments humains et non humains, formant ainsi un paysage naturel. J’aime jouer sur la fusion et la confusion. Par exemple, j’ai transformé des sons d’insectes en sons d’oiseaux et des sons d’activités humaines en sons d’oiseaux, créant ainsi une confusion et un trouble quant à l’identification des sons.
Dans mes œuvres, j’aime susciter le doute chez l’auditeur. Parfois, des experts peuvent reconnaître la supercherie, mais dans l’ensemble, l’auditeur se laisse souvent prendre au jeu. Pour moi, la notion de doute est intéressante et créative.
De nos jours, de nombreux artistes contemporains consacrent leur travail à l’animal ou lui accordent une place importante. Ils utilisent souvent l’animal comme moyen de critiquer l’homme ou de le confronter à ses propres incohérences. Par exemple, William Wegman met en scène ses chiens braques de Weimar pour parodier les représentations humaines. D’autres artistes, comme Oleg Kulik ou Greta Alfaro, adoptent des approches plus perturbantes pour atteindre l’homme à travers l’animal. Certains artistes utilisent l’animal comme symbole allégorique, comme dans l’art aborigène, où l’animal est chargé de significations symboliques et métaphoriques.
SOURCE
Camille Dupont
Je suis Camille Dupont, professionnelle junior en communication digitale. Je crée et gère du contenu pour les réseaux sociaux et les médias en ligne, en combinant copywriting, narration visuelle et montage de base. Formée en communication audiovisuelle et titulaire d’un master en contenus digitaux, je suis motivée par le storytelling et par la connexion avec les jeunes audiences à travers du contenu créatif.
















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