Le leader insoumis affirme que la multiplication des zoonoses est liée à la chute de la biodiversité et au changement climatique. C’est vrai sur le premier point, plus nuancé sur le second.
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L’épisode du MV Hondius, ce navire de croisière, qui est attendu aux Canaries samedi 9 mai, avec à son bord un foyer d’hantavirus a relancé le débat sur l’origine de ces maladies.
Sur X, Jean-Luc Mélenchon y voit un «nouvel exemple de maladie écologique» et estime que les zoonoses, ces maladies transmises de l’animal à l’homme, «se multiplient à cause de la chute de la biodiversité et du changement climatique«.
Le lien entre l’effondrement de la biodiversité et la propagation des zoonoses est largement documenté. Selon le rapport de référence de l’IPBES, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité, plus de 70% des maladies émergentes (Ebola, Zika, encéphalite Nipah, etc) sont des zoonoses, dont des maladies transmises par l’animal. Le Programme des Nations unies pour l’environnement avance pour sa part que 60% des 1 400 microbes connus capables d’infecter l’humain sont d’origine animale.
Le mécanisme est connu. Contacté par franceinfo, Serge Morand, biologiste au CNRS et spécialiste des maladies transmises par les rongeurs, explique que «quand on déforeste, quand on intensifie l’élevage, quand on grignote les prairies, on rapproche les humains des animaux porteurs de virus et on favorise le risque de transmission«. Avec le temps, certaines espèces s’adaptent à notre environnement, au premier rang desquelles les rongeurs et les moustiques.
À l’inverse, une biodiversité riche joue un rôle protecteur. C’est ce que les scientifiques appellent «l’effet de dilution» : dans un écosystème diversifié, le virus se dilue entre de nombreuses espèces dont la plupart ne le transmettent pas.
Pour la seconde affirmation de Jean-Luc Mélenchon, sur le rôle du changement climatique, la réponse est plus nuancée. Il n’existe pas de lien direct établi entre réchauffement climatique et hantavirus, mais un effet indirect, qui passe principalement par la perte de biodiversité et par la modification de l’écologie des rongeurs.
Serge Morand précise que le dérèglement climatique provoque de plus en plus de phénomènes météorologiques extrêmes, comme les tempêtes, qui ont une incidence sur la densité et les déplacements des rongeurs. Or les populations de rongeurs porteurs potentiels d’hantavirus connaissent régulièrement ce que les scientifiques appellent des «pullulations», c’est-à-dire des explosions démographiques qui peuvent multiplier leur densité par 50, 300, voire 500 dans le cas des campagnols européens. Plus les rongeurs sont nombreux à un même endroit, plus le virus circule entre eux et plus le risque de transmission à l’humain augmente.
Des chercheurs finlandais ont établi le lien direct entre ces pics de population, la prévalence du virus et l’augmentation des cas humains.
Une étude paneuropéenne publiée en mars 2026 dans la revue Environmental Research va dans le même sens : par modélisation, ses auteurs ont identifié la température maximale, le PIB et la richesse de l’habitat comme les trois principaux facteurs de risque hantavirus à l’échelle continentale.
En France, l’hantavirus reste une maladie rare avec environ 100 cas par an, principalement dus au virus Puumala. Mais selon Santé publique France, la zone d’endémie s’étend. Quelque 43 départements ont aujourd’hui enregistré au moins un cas, contre 31 en 2015. Une extension géographique cohérente avec l’évolution des écosystèmes et des conditions climatiques.
En résumé, la chute de la biodiversité est un facteur favorisant bien établi, tandis que le changement climatique reste un facteur aggravant indirect plus qu’une cause directe.















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