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En Cisjordanie, les violences entre colons israéliens et Palestiniens s’intensifient. À Jannatah, la mort d’un homme relance les tensions autour de la colonisation, tandis que plusieurs villages palestiniens font face à des attaques et à des incendies, dans un climat d’impunité dénoncé par des ONG.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Encore un village palestinien marqué par une tragédie. À Jannatah (Cisjordanie), un homme a été tué. Pour Ahmad Faraz, c’est un groupe de colons israéliens installé sur sa propriété qui les a attaqués en plein jour non loin de là et a pris la vie de Mohammed, 39 ans, père de cinq enfants. «Ils nous ont tiré dessus. Mon fils a été tué de sang-froid et ensuite ils m’ont attaqué» témoigne le père. Comme son fils, au moins dix Palestiniens ont été tués depuis mars par des colons extrémistes voulant s’accaparer des terres. Hassan Faraz, cousin de la victime, raconte : «Nous sommes des gens ordinaires. On n’est pas armés, mais c’est notre terre ici. Et vous savez, les colons, ils sont soutenus.»
Le père pense qu’il n’obtiendra jamais justice pour son fils. Même si, selon l’armée israélienne, une enquête est en cours, il n’y a eu aucune arrestation. Il sait aussi, en refermant la grille de sa propriété, qu’il est en train de perdre une partie de son terrain. Car ici, la colonisation est en marche. Une tente posée, une quinzaine d’hommes, certains armés. Que nous tentons d’approcher. Pas un mot. En revanche, l’homme est plus affable et souriant avec des soldats israéliens qui sont là pour les protéger et nous empêcher d’approcher. Quand nous demandons d’approcher, on nous répond non, et lorsque nous demandons pourquoi, un soldat explique : » Parce qu’on ne veut pas de bagarre avec eux.»
Très vite, des renforts arrivent. Devant un avant-poste, peut-être les prémices d’une installation durable en Cisjordanie, raconte un des soldats encouragé par le gouvernement israélien. Ces trois derniers mois, des ONG israéliennes ont recensé près de 400 incidents en Cisjordanie. Et les extrémistes s’attaquent à des villages palestiniens, surtout la nuit. Le village de Deir Hal-Hatab, dans le nord, a été récemment le théâtre d’une nuit particulièrement violente. Maisons et véhicules incendiés. Et 2 600 habitants du village toujours terrifiés. «Ils sont venus pour nous tuer. Ils ont mis le feu à la maison, mais ils n’ont pas réussi à entrer» raconte Samer Omar. Il était cette nuit-là avec sa femme et ses quatre enfants, lorsque les assaillants, à coups de cocktails Molotov, ont tout incendié sur un sentier. Pour échapper aux flammes, ils se sont réfugiés sur le toit. Pour lui, les extrémistes venaient d’une des colonies juives dans les environs. «Tout autour de nous, ils ont pris nos terres. Il y a aujourd’hui cinq, six colonies sur ces montagnes en face» ajoute-t-il.
La colonisation n’est pas nouvelle, mais elle s’accélère. On compte aujourd’hui, en Cisjordanie, au moins 147 implantations israéliennes, 224 avant-postes, tous illégaux au regard du droit international. Et de plus en plus d’Israéliens y vivent, comme ici, à Einav, colonie créée en 1981. Moshe Ayache, ingénieur à la retraite, un Français, s’y est installé il y a 20 ans. Une présence qui, pour lui, se justifie par les textes bibliques. L’Ancien Testament, c’est son cadastre. «Notre histoire à nous, c’est la Torah. Le peuple juif vient d’ici. On occupe la terre depuis 3500 ans, depuis qu’on est sorti d’Égypte» souligne-t-il.
Les entrées sont bien gardées par l’armée. Dans l’avant-poste, se sont installées depuis 2023 quelques familles qui vivent dans des préfabriqués. Pour ces Israéliens, la Cisjordanie ou la Palestine n’existent pas. Ils sont en terre israélienne. Moshe Ayache explique : «Ce n’est pas une question de savoir si je n’aime pas la colonie, mais on ne peut pas coloniser la terre qui nous appartient. Où ils nous laissent vivre et ils vivent, et où ils ne nous laissent pas vivre, c’est la guerre.»
Aujourd’hui, il y a plus de 500 000 colons en Cisjordanie, c’est deux fois plus qu’il y a 20 ans. Les Palestiniens, eux, sont 3 millions et sont au bord de l’asphyxie.















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